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  • Rédacteur Agoravox

08 janvier 2007

8e extrait Catherine Denguiadé

A Hardricourt, la Jaguar de Catherine est parquée dans la cour. Martine frappe à la porte de la chambre de sa belle-mère. Personne ne répond. Elle frappe plus fort, franchit le seuil. Volets fermés, la pièce est plongée dans l’obscurité. Elle trouve l’interrupteur à tâtons. La lumière l’éblouit, en même temps qu’elle éclaire des milliers d’objets précieux épars dans la pièce. Des flots d’objets en or et en diamants, des montres de grands créateurs, des bijoux sertis des pierres les plus précieuses… Ces malles sont remplies des joyaux de la famille. Ses pensées se bousculent, le souvenir de la disparition de ses cadeaux de mariage lui revient en mémoire. Catherine a quitté la Centrafrique depuis un mois. Pourquoi avoir emporté ce trésor de guerre ! Elle se remémore la phrase de Catherine : « Ils ont tenu parole, il est en vie ! » devant le journal télévisé annonçant le coup d’état.

« Maman Catherine ! Je ne vous avais pas entendu arriver », s’exclame Martine, décidée à obtenir des explications de sa belle mère. Catherine sourit lorsque Martine lui demande pourquoi toutes ces malles. Elle n’éprouve aucune honte à avouer que non seulement elle était au courant de tout, mais qu’elle a, en quelque sorte, participé à la chute de Jean-Bedel.

Jean-Bedel Bokassa le rapportera plus tard dans "La Manipulation" de R. Delpey : « L’impératrice s’est alors libérée en racontant comment l’affaire avait été préparée par le président. Elle a tout expliqué à Martine (…) Vous vous souvenez que l’impératrice était en France ; qu’elle y avait été invitée officiellement par Valéry Giscard d’Estaing au moment de la conférence de Kigali. Je connais maintenant le motif de cette invitation… Valéry Giscard d’Estaing a fait comprendre à l’impératrice qu’il avait besoin d’elle pour que tout se passe le mieux possible. En contrepartie, il s’est engagé à lui faire obtenir un certain nombre d’avantages et privilèges… Bien entendu, elle a dû promettre de ne pas me prévenir de ce qui était préparé contre moi ».

Martine est mortifiée.

Constantin a tout entendu. Il s’est eclipsé pour revenir un révolver à la main.

« Ne la tuez pas. Je ne veux pas être complice de ce meurtre. J’ai déjà assez de soucis comme ça », l’arrête Martine d’un ton sec. Effrayée, Catherine s’est enfermée dans sa chambre.

03 janvier 2007

7e extrait Catherine Denguiadé

De son côté, Catherine aussi a peur. Elle craint de voir partir celui qui a fait d’elle une femme connue et reconnue. Ils se sont rencontrés lorsqu’elle avait 14 ans et, très vite, elle a quitté parents et école pour vivre avec lui, son amant, son mentor, son pygmalion. Jean-Bedel, l’homme de sa vie, avait fait d’elle sa princesse. Elle lui doit tout, son standing, ses privilèges et sa fortune. Leur couple ne va pas bien, mais Catherine fera tout son possible pour réanimer la flamme, elle s’en fait la promesse.

Mais voilà, Jean-Bedel est amoureux depuis trois ans. Dans l’entourage proche, ce n’est un secret pour personne, ni même pour la future impératrice. Jean-Bedel en aime une autre, une jolie Roumaine, prénommée Gabriella. Elle est sa dernière concubine. Ensemble, ils ont même une fille, Anne, âgée de 8 mois à peine. L’affaire est sérieuse, leur relation aussi, si bien que Jean-Bedel veut officialiser sa liaison avec Gabriella, ce qui reléguerait Catherine au second plan. Gabriella est belle, pétillante, un brin volcanique, et leur fille, surnommée Titina, semble être son rayon de soleil. Néanmoins, Jean-Bedel est aigri. Gabriella a disparu. Elle a quitté, depuis quelques jours, la luxueuse villa Kolongo dont il lui avait fait cadeau. Pour cet évènement de grande importance, Catherine la remplace.

Peiné, Jean-Bedel ne désirait que Gabriella à ses côtés pour le sacre de sa vie, mais les choses ne se sont pas passées comme prévu. Par référendum, les Centrafricains ont choisi Catherine. Une impératrice à la peau noire leur paraissait bien plus apte à les représenter qu’une jolie Roumaine, à la plastique irréprochable. Dans cette lutte du pouvoir entre les deux femmes, Catherine a su s’imposer grâce au soutien des conseillers de Bokassa. Face à une Gabriella aussi ambitieuse qu’elle, Catherine a su se battre bec et ongle pour obtenir le « poste » d’impératrice. Sous l’influence de ses ministres, Bokassa a préféré délaisser à contrecœur l’amour et opter pour un choix purement politique.

Catherine est soulagée, l’héritier ne sera pas une héritière. À chaque coup de galop, qui la rapproche vers le trône d’impératrice, elle savoure sa victoire… De son côté, Jean-Bedel ne se doute pas que ce choix, fait à la dernière minute, changera définitivement la face de l’Empire et n’aura sur sa vie privée que des conséquences désastreuses…

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