Sous la période gaullienne, il y a un père, Charles de Gaulle, et un fils, Jean-Bedel
Bokassa ! D’emblée, le père peine à reconnaître le fils qui est venu au
monde d’une façon inattendue par la famille : un coup d’État (le 25
décembre 1965). L’aspect brutal de la naissance importe peu à l’occupant de
l’Élysée et à son estafier, Jacques Foccart. Il a évincé David Dacko qui avait
l’heur de plaire au Général, pour des raisons connues de lui seul. Et cela, il
ne le digère pas. Le fils pourtant aurait tant aimé être accueilli comme
l’enfant prodigue. Mais rien n’y fait. Il est qualifié tout simplement de
« couillon » par un général qui refuse de répondre à ses missives
désespérées, au point que Bokassa se résout à envoyer son ministre des Affaires
étrangères porter une lettre à « Papa ». Ce dernier refuse de le
recevoir. Les relations père-fils sont parfois complexes et difficiles. Dans le
cas présent, elles commencent plutôt mal ! Le père finit par adoucir son jugement, aidé en cela par un Foccart qui se fait l’avocat du
fils rejeté, en rappelant qu’il s’agit d’un ancien de la France libre et d’un officier décoré de l’armée française et qui de surcroît « ne se considère pas comme francophile mais comme français
Et le père finit par faire un premier geste : il fait envoyer, en mars
1966, à la Centrafrique un avion de type C-47, en remplacement de celui qui vient de s’écraser. Le fils
de son côté redouble d’ardeur en lui envoyant des lettres lui exprimant toute
sa reconnaissance. Et le père finit par céder : il accepte enfin de recevoir Bokassa, le 7 juillet 1966, au
cours d’une visite privée à l’Élysée. Pour l’occasion, Jean-Bedel a revêtu son
plus beau costume et, sa célèbre canne à la main, il claque les talons à la vue
du général venu l’accueillir sur le perron et lui dit : « Bonjour Père ! » Là-dessus, le général de Gaulle ne se démonte pas. « Bonjour monsieur le président, lui répond-il aimablement avant de le questionner : Avez-vous fait bon
voyage ? » Et tout ému qu’il est d’être ainsi accueilli, Jean-Bedel répond : « Oui Papa. » Les deux chefs d’État gravissent ensemble les marches menant à l’étage supérieur où se situe
le bureau présidentiel, accompagnés par le secrétaire général de l’Élysée et Jacques Foccart. Les quatre hommes s’installent sur les canapés aux abords du bureau du général qui profite du moment pour faire une mise au point : « Écoutez, j’apprécie les sentiments que vous portez à mon égard mais je vous demande de ne pas m’appelez papa.
Appelez-moi, monsieur le président, comme tout le monde, ou bien, comme vous
êtes un ancien de C’est là un des traits de caractère les plus marquants de Jean-Bedel Bokassa. Il exprime ses
sentiments, sans tricher et sans détours et quelles que soient les circonstances et les personnes concernées. Cela séduit, irrite ou indiffère, selon les tempéraments, sans que Jean-Bedel ne songe un instant à modifier son comportement démonstratif, sans se soucier des justes convenances. Et Jean-Bedel va réitérer ses marques d’affection, par un magistral : « Au revoir, papa », quatre mois plus tard, en prenant congé du général, toujours sur le fameux perron, aux côtés d’un Foccart ahuri et face à un groupe de journalistes médusés. Est-il nécessaire de préciser qu’en Afrique il est d’usage de nommer ainsi toute
personne de son entourage à qui il est essentiel de marquer son respect ? Un personnage important est de la sorte appelé « papa ». Et à lui de donner le change par un « mon fils » ou « ma fille », selon
les circonstances. « Ce que je suis, c’est à "la France" que je le dois, et le général de Gaulle, notre seul espoir après Dieu, est pour moi un père. » Telle est la déclaration du chef de l’exécutif centrafricain, en juillet 1966, à des journalistes venus l’interroger au Crillon où il prendra l’habitude de descendre quand il se rendra à Paris. Et ce type de déclaration n’est pas pour déplaire à l’hôte de l’Élysée ...





