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  • Rédacteur Agoravox

11 janvier 2007

10e extrait : Opération Barracuda

Cet extrait provient d'un chapitre intitulé "dernière expédition coloniale de la France" selon la célèbre expression de Jacques Foccart (conseiller aux affaires africaines de Charles de Gaulle) qualifiant ainsi le renversement de Bokassa par Giscard.

LYBIE, Tripoli, aéroport de Tripoli, 11 h 05

Jean-Bedel Bokassa et sa suite, après une nuit dans la capitale libyenne, décollent pour la ville de Benghazi où ils doivent rencontrer le colonel Kadhafi, en fin de journée. La délégation se compose de huit officiels centrafricains (dont Alphonse Koyamba, premier vice-Premier ministre, en charge des Finances, Eugène Katouka, chargé du protocole et l’aide de camp de l’empereur, le colonel Gbongo), de treize personnes d’accompagnement, auxquels il faut ajouter Bachir Salah Bachir, ambassadeur de la Libye en Centrafrique et Ali Hijazi, homme d’affaires d’origine libanaise, spécialisé dans le négoce de diamants et ami de Jean-Bedel Bokassa.

 

FRANCE, Orly, aéroport d’Orly sud, 14 h 10

L’avion de Martine entame son atterrissage après un léger retard. Elle sort la première de l’avion et, passeport diplomatique en main, passe la douane et gagne rapidement un taxi. Direction : l’une des propriétés de son père, le château d’Hardricourt dans les Yvelines (où réside déjà l’impératrice Catherine, depuis le 26 du mois précédent).

 

LYBIE, Benghazi, 21 h 00

Un cortège officiel escorte Jean-Bedel Bokassa et sa suite jusqu’à la résidence du chef d’État libyen. L’empereur lit une allocution qu’il a préparée à l’attention de son hôte. Ensuite, le colonel Kadhafi accueille chaleureusement son invité et écoute Jean-Bedel lui faire un rapide exposé de la situation financière et politique de la Centrafrique. Un protocole d’accord est ainsi préparé : sa signature est prévue pour le lendemain matin. Dans les faits, il doit mettre en place le même type d’aide reçue encore il y a peu de la France, ainsi que le même type de modalités d’exécution. Pendant deux ans, la Libye réglera le salaire des fonctionnaires centrafricains et les bourses d’études des étudiants en Centrafrique et à l’étranger. Jean-Bedel regagne son hôtel. Il y retrouve sa délégation en train de dîner et échangera quelques mots avec ses membres pour afficher sa satisfaction. Il se couche vers 1 heure du matin.

 

FRANCE, département des Yvelines, château d’Hardricourt, 21 h 10

Martine, après avoir dîné seule (l’impératrice étant absente pour toute la soirée), regarde un film américain sur un magnétoscope au château. Elle interrompt le programme pour passer un coup de fil à son époux resté à Bangui. Jean-Bruno la rassure : tout va bien et les enfants sont couchés.

 

CENTRAFRIQUE, Bangui, aéroport Bangui Mpoko, 21 h 30

Un premier Transall atterrit, guidé par des torches braquées vers le ciel par les hommes du service action du SDECE, arrivés secrètement à Bangui depuis une dizaine de jours. En moins d’un quart d’heure, l’aéroport est maîtrisé. La « compagnie de l’escadrille », commandée ce soir là par le général Bozizé (actuel chef de l’État centrafricain), n’oppose aucune résistance aux « cabans » du 1er RPima commandés par le colonel Brancion-Rouge. Les deux derniers Transall atterrissent à leur tour, tous feux éteints sur des pistes cette fois-ci allumées. La route menant de l’aéroport au centre-ville est également très vite sous contrôle. Puis vient le tour de la radio nationale.

 

TCHAD, Ndjaména, aéroport militaire, 23 h 00

Le colonel Bernard Degenne reçoit un message en provenance du colonel Brancion-Rouge selon lequel l’aéroport de Bangui a été pris. Il donne immédiatement l’ordre à ses « barracudas » de décoller (soit quatre hélicoptères Puma et quatre Transall qui effectueront chacun deux allers-retours, chargés d’hommes et de matériels).

 

FRANCE, Paris, Radio France internationale, 23 h 27

Un flash spécial interrompt les programmes en cours et annonce que des évènements essentiels ont lieu en ce moment même en Centrafrique. C’est René Journiac, le conseiller de Giscard aux affaires africaines, qui a pris soin d’informer le directeur de RFI de la situation, ainsi annoncée en France, une petite heure avant que Dacko ne proclame la chute de l’Empire ! Pour une fois, les auditeurs d’une radio sont informés d’un évènement avant que celui-ci n’ait eu lieu…

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