Ma Photo

Flux RSS

AUTRES LIENS

Visitez...

  • Rédacteur Agoravox

29 mars 2007

15e Extrait des Diamants de la trahison : Orphelin

De ce père encore inconnu il y a peu, Martine a tout à découvrir. Elle profite de ses nombreuses entrevues en tête-à-tête pour le questionner sur tel et tel aspect de sa vie. Les réceptions officielles la mettent en relation avec des amis de son père, certains de ses ministres ou avec des diplomates qui connaissent bien la politique qu’il met en œuvre. Chaque jour, elle en apprend davantage.

De la naissance de Jean-Bedel, la seule certitude est le lieu : Bongombé, un hameau rattaché à un gros village, celui de Bobangui, situé dans la province de

La Lobaye (à 80 kilomètres au sud-ouest de la capitale centrafricaine). Son nom a d’abord été orthographié Mbokassa, avant que n’intervienne une rectification en 1958, à la demande de Jean-Bedel lui-même. En langue Ngbaka, Bokassa provient de mbo signifiant « ensemble » et kassa « force invincible », ce qui renvoie à un célèbre dicton français, « l’union fait la force ».

Lire la suite "15e Extrait des Diamants de la trahison : Orphelin" »

13 mars 2007

14e extrait : Nouveau pays, Nouvelle culture

Inkpen Le 10 juin 1980, près du tapis à bagages de l’aéroport de Roissy, ma mère Martine est en larmes. Nous venons de sortir de l’avion en provenance de Bangui. De Paris, elle a su faire jouer toutes ses relations pour nous libérer de ce cauchemar. Après avoir vécu l’enfer durant huit mois nous sommes à nouveau réunis, même si la joie n’est pas tout à fait au rendez-vous. Nous sommes plongés dans un état de fatigue profond. Le voyage a été long, les dernières semaines, pénibles et les mois écoulés, atroces. La brutalité des militaires et la violence des évènements se bousculent dans nos esprits. Martine, qui avait mis un point d’honneur à gagner sa vie, a tout perdu : ses terres, ses biens, ses commerces et même ses amis.

Faute de toit où nous installer, nous nous rendons au château d’Hardricourt qui s’organise comme une colocation. Les aînés de mon grand-père arrivent tous les deux jours de Centrafrique, les vingt chambres de la demeure se remplissent à une vitesse éclair !

Georges vit au manoir de Mézy. En l’absence du patriarche et en tant qu’aînée de la famille, Martine gère les tensions des uns et des autres, se charge des factures d’électricité, de téléphone… et joue les traductrices entre sa mère, Emmanuel, Marie Laure, Jean et le reste de la famille !

 

Lire la suite "14e extrait : Nouveau pays, Nouvelle culture" »

29 janvier 2007

13e extrait : suite du précédent

Justice2 Cette rumeur, véritable aubaine pour les journaux à sensations comme pour « l’ancienne » tutelle de la Centrafrique, va connaître un épilogue ignoré de tous. En 1987, Jean-Bedel Bokassa sera innocenté du crime d’anthropologie par les juges du procès qu’il devra subir à Bangui, après que la justice ait procédé aux enquêtes d’usage et à la comparution des témoins. Mais qui est au courant de ce jugement ? Personne. La rumeur a accompli son œuvre…

Bokassa 1er, empereur de la Centrafrique, est désormais déchu. Valéry Giscard d’Estaing a donné son feu vert à tout un faisceau de décisions qui ont chacune concouru au résultat final. Au moment de la chute de Bokassa, la France assure 80 % du budget de l’État centrafricain. Cela lui coûte entre 100 et 120 millions de francs, sous formes diverses. Bokassa en demande davantage. Le sacre s’étant révélé coûteux, les finances publiques centrafricaines sont au plus mal. En octobre 1978, Bokassa avait demandé une aide supplémentaire à la France, en menaçant de se rapprocher de la Libye s’il n’obtenait pas satisfaction. Pour la première fois dans l’histoire de la Francentrafrique, Paris oppose un refus catégorique. Bokassa ne voyant toujours rien venir, avait informé par écrit l’Élysée qu’un rapprochement entre la Centrafrique et la Libye sera, à court terme, inéluctable. Il a répété ce message à plusieurs reprises, toujours par écrit, en prenant soin de le faire parvenir par des tiers de confiance, comme Jean-Pierre Dupont par exemple. L’Élysée giscardien s’est gardé de toute réponse.

Bokassa ne peut pas se tourner vers ses « frères » chefs d’État, tous dans le giron de la France et financés également par elle. La Libye du colonel Kadhafi, très active en Afrique, se montre toujours en quête d’alliance régionale. De plus, le guide de la révolution et l’empereur se connaissent fort bien, Bokassa ayant un temps adopté la religion musulmane. Enfin, Kadhafi est le seul à disposer des ressources financières pour venir en aide de la Centrafrique, voire se substituer à la France. Dans le courant de l’année 1978, la coopération entre la Libye et la Centrafrique prend une certaine ampleur. Des instructeurs libyens ont été envoyés à Bangui pour former la garde impériale et 400 soldats centrafricains sont en formation en Libye. L’Élysée, via le SDECE, est tenu parfaitement informé des rapports Libye-Centrafrique, d’autant qu’Alexandre de Marenches (patron du SDECE) voue à Kadahafi une haine inexpugnable au point d’en être devenue une obsession (surtout depuis l’opposition entre la France et la Libye sur la question tchadienne).

Or, nous avons vu dans le chapitre intitulé « Francentrafrique » que la Centrafrique revêt, d’abord pour la France, un intérêt militaire et géopolitique. Ainsi, le nouvel axe Bangui-Tripoli ne peut laisser indifférent ni les gens du SDECE ni les renseignements militaires, dont la mission consiste précisément à sauvegarder le contrôle des dispositifs en place. D’ailleurs, en 1979, le SDECE va mener plusieurs interventions contre la Libye, en Méditerranée et en Afrique. En janvier 1979, le SDECE met à l’étude une opération pour provoquer la chute de Bokassa. En mai 1979, débute la préparation de Caban. Le livre de Géraldine Faes et Stephen Smith, intitulé Bokassa 1er, un empereur français, nous livre un témoignage saisissant de la part « d’un haut responsable du Service action » : « Quand Caban est décidé, le SDECE n’est motivé que par des considérations géopolitiques… En 1977 et 1978, la France met en échec les tentatives soviétiques contre le Zaïre, dont le but était d’établir un axe Luanda-Addis-Abeba en coupant le continent en deux, pour lui permettre d’investir l’Afrique du Sud. En 1979, profitant de la fragilité de la situation à Bangui et de l’appel de Bokassa aux Libyens et aux Cubains, les Soviétiques ont voulu lancer une opération contre la Centrafrique pour reprendre leur action contre le Zaïre. C’est dans ce contexte particulier et pour contrecarrer l’arrivée des forces libyennes et cubaines, prévue dans les heures qui suivaient, qu’a été décidée et déclenchée l’opération Caban. À aucun moment, il n’a été question de diamants et d’archives. » De diamants et d’archives volées au palais de Bérengo, il en sera question plus tard. Par ailleurs, il n’y a aucune raison de douter des informations apportées par ce témoignage. Il nous explique que derrière la Libye se cache l’Union soviétique qui a des visées sur le Zaïre. Nous n’avons pas trouvé de traces de rapprochement entre Bokassa et Cuba, ceci expliquant le fait que nous nous abstenons de l’évoquer. En violation de tous les traités qui lient la France et la Centrafrique, qu’il avait lui-même confirmé dès son accession au pouvoir, Bokassa opère un rapprochement avec la Libye qui lui coûte son trône. Il tombe en même temps que l’Ougandais Amin Dada et l’Équato-Guinéen Francisco Macias Nguéma, respectivement responsables de 300 000 morts pour le premier et de dizaines de milliers pour le second. Cette proximité calendaire tend à l’assimiler sommairement aux deux bourreaux, parachevant ainsi une réputation déjà exécrable au moment où le pouvoir l’abandonne.


22 janvier 2007

12° extrait le jugement de Jean-Bedel Bokassa

Justice_1 À peine arrivé à Bangui, mon grand-père est arrêté par le colonel Jean-Claude Mantion. Celui-ci est une sorte de pro-consul (de la DGSE) placé en Centrafrique par la France pour « protéger » Dacko avant qu’il ne se fasse renverser par Kolingba qui fait du colonel son premier conseiller en tout. En France, la cohabitation politique entre les deux plus fins limiers de la République française, François Mitterrand et Jacques Chirac, bat son plein. Le premier téléphone à Kolingba pour l’assurer de son soutien et lui dire qu’il n’était pas au courant du projet de Bokassa de revenir dans son pays. Le second appelle le colonel Mantion pour être certain que Bokassa est bien traité. L’Élysée comme Matigon sont furieux contre les services en charge de la surveillance d’Hardricourt qui ont laissé filer Bokassa. Chacun s’interroge sur les arrière-pensées d’un tel acte et sur les vrais soutiens de l’ex-empereur, dans une période de cohabitation où la suspicion est la règle. Ni Mitterrand ni Chirac ne sous-estiment Bokassa qui a plus que prouvé dans le passé sa ténacité à occuper la scène politique française et centrafricaine.

André Kolingba n’est pas embarrassé par l’arrivée de Bokassa à Bangui. Il annonce qu’il sera rejugé lors d’un procès public, juste et équitable. Il s’agit d’une première en Afrique où aucun chef d’État n’a jamais répondu de ses actes devant la justice.

Le procès est prévu pour le 26 novembre 1986. Avant que le procès soit renvoyé pour supplément d’informations le 15 décembre, mon grand-père a le temps de faire une déclaration publique à la fois sereine et sobre : « En 1979, Valéry Giscard d’Estaing, alors président de la République française, a détourné l’armée française de son devoir, organisant un coup d’État qui a violé la souveraineté nationale de mon pays. Pour justifier cet acte contraire au droit international, il a orchestré une campagne de désinformation et de manipulation. On m’a présenté comme un cannibale, un assassin, un voleur, un traître à la patrie. Durant mon exil, j’ai toujours réclamé un procès juste et équitable, pour que la vérité éclate. »

Non seulement mon grand-père a la parole facile, ce qui est somme toute normal pour un chef d’État. Mais il a également le sens de la synthèse ! Dès le 15 décembre, date de la réouverture de son procès public, il va faire montre d’un sens inouï de la répartie. Le public, extrêmement nombreux à suivre les débats, en plus de la presse internationale, se prend de sympathie pour la franchise d’un homme qui, aux yeux de tous, avoue ses pleines responsabilités dans une bonne partie des faits qui lui sont reprochés. Le colonel Mantion se prendra d’amitié pour cet homme qui n’a plus rien à perdre sinon la vie ! Chaque soir après les débats, ils commentent ensemble la façon dont ceux-ci se sont déroulés. Mon grand-père n’a certes pas été un exemple de démocratie, ni de justice pour ses opposants politiques. Il est le premier à le reconnaître. Simplement. Directement. Sans la moindre ambiguïté (2).

Le verdict est annoncé le 13 juin 1987 : il reste impassible, sans la moindre réaction lorsqu’il entend sa condamnation à mort. La mort de vingt opposants politiques et le détournement de l’argent public constituent les deux chefs d’accusation que la Cour lui adresse. On lui attribue également la mort des enfants (en avril 1979), ce malgré un témoignage qui le déchargeait de toute responsabilité. La Cour de cassation rejette le pourvoi posé par ses avocats. De nombreux chefs d’États africains appellent le général Kolingba afin d’obtenir sa grâce, qui lui sera finalement accordée (sans libération immédiate) le 1er mars.

Paris, via le colonel Mantion, a bien conseillé l’ex-empereur et ses avocats.

16 janvier 2007

11e extrait : Bokassa cannibale du jour au lendemain !

Interro Cet échec de désinformation s’avère à tel point cuisant qu’il produit l’effet inverse de ce qui était escompté : les journalistes affluent du monde entier à Bangui pour relater ce que Foccart va désigner comme « la dernière expédition coloniale » de la France. L’occasion est trop belle d’admirer la chute de Bokassa que la France a soutenu politiquement et financièrement pendant treize ans, avant de le faire tomber. Et à lire la presse de l’époque, on se rend compte que plus personne n’est dupe quant au rôle primordial de l’exécutif français. Les journalistes ne sont pas plus crédules sur la façon dont on a voulu les duper, aidés en cela par les confidences de certains militaires et de diplomates en poste à Bangui. Alors, ils en rajoutent ! Le moindre doute pour le lecteur n’est plus permis, malgré le travail d’accompagnement du conseiller en communication du ministère de la Coopération, Alain Charron, auprès d’un Dacko de plus en plus terrorisé par la confusion ambiante et malmené par les questions acerbes des journalistes. Le 25 septembre, l’attention des journalistes se focalise tout d’un coup sur une rumeur grandissante et alimentant tous les fantasmes : Bokassa serait anthropophage ! On aurait retrouvé des cadavres dans des réfrigérateurs de ses résidences. Il paraît même que tout le monde à Bangui était au courant mais se taisait par peur des représailles. Empereur déchu, dictateur mis à pied par la France et maintenant cannibale ! Quel scoop ! Et quelle aubaine surtout pour la presse à scandale et pour l’Élysée giscardien !

Pour la presse spécialisée dans les révélations chocs, en général avec de gros titres, beaucoup de photos et peu de commentaires, c’est un filon cousu d’or qui se doit d’être exploité sur le champ et qu’importe si cette contre-information est téléguidée. Ainsi, le monde entier découvre les dernières découvertes macabres chez l’ogre de Bérengo ! On fait passer la morgue pour la chambre froide du palais impérial, les cadavres de la morgue pour de la chair humaine prête à être consommée ! Et on trouve même des « témoins » qui commentent, des « médecins » (avec une blouse blanche bien propre, cela produit toujours son effet…) qui affirment que les victimes ont été placées vivantes dans les frigos ! Les envoyés spéciaux des grands quotidiens français et les grands reporters des journaux d’information étrangers émettent malgré tout des doutes sur ces rumeurs qu’ils qualifient d’invérifiables. Le journaliste français Pierre Péan, qui se trouve à Bangui pour le compte de FR3, n’hésite pas à crier au scandale et à s’inscrire en faux. Des interventions directes de certaines personnalités, connaissant bien la Centrafrique et Bokassa, auprès de certains journaux français pour empêcher ces publications ne serviront à rien. L’aubaine était trop belle…

Exclam Cette rumeur arrange les affaires de l’Élysée. Pendant que les journalistes traquent l’odeur de cadavres, ils n’évoquent pas l’ingérence de la France dans l’une de ses anciennes colonies. Mieux ! Évincer Bokassa du pouvoir, dans un tel contexte, devient un acte de civilisation… Une autre rumeur comme celle-là, et on finira par tresser des lauriers à Giscard d’Estaing ! On en vient à se demander si cette rumeur ne provient pas des sbires de l’Élysée. Mais la réponse à cette question s’avère aussi invérifiable que la rumeur elle-même. Si l’on s’en tient au fait, on constate qu’il s’agit d’un envoyé spécial de l’AFP qui la première fois la diffuse. Autant les permanents de nuit de cette agence font montre d’une prudence bien fondée à la réception du télex de l’Agence transcontinentale de presse (ATP) le 20 septembre portant sur l’annonce de la prise de pouvoir par Dacko, autant son envoyé spécial à Bangui ne semble pas ressentir le besoin de s’entourer d’un luxe de précautions, ni de professionnalisme…

11 janvier 2007

10e extrait : Opération Barracuda

Cet extrait provient d'un chapitre intitulé "dernière expédition coloniale de la France" selon la célèbre expression de Jacques Foccart (conseiller aux affaires africaines de Charles de Gaulle) qualifiant ainsi le renversement de Bokassa par Giscard.

LYBIE, Tripoli, aéroport de Tripoli, 11 h 05

Jean-Bedel Bokassa et sa suite, après une nuit dans la capitale libyenne, décollent pour la ville de Benghazi où ils doivent rencontrer le colonel Kadhafi, en fin de journée. La délégation se compose de huit officiels centrafricains (dont Alphonse Koyamba, premier vice-Premier ministre, en charge des Finances, Eugène Katouka, chargé du protocole et l’aide de camp de l’empereur, le colonel Gbongo), de treize personnes d’accompagnement, auxquels il faut ajouter Bachir Salah Bachir, ambassadeur de la Libye en Centrafrique et Ali Hijazi, homme d’affaires d’origine libanaise, spécialisé dans le négoce de diamants et ami de Jean-Bedel Bokassa.

 

FRANCE, Orly, aéroport d’Orly sud, 14 h 10

L’avion de Martine entame son atterrissage après un léger retard. Elle sort la première de l’avion et, passeport diplomatique en main, passe la douane et gagne rapidement un taxi. Direction : l’une des propriétés de son père, le château d’Hardricourt dans les Yvelines (où réside déjà l’impératrice Catherine, depuis le 26 du mois précédent).

 

LYBIE, Benghazi, 21 h 00

Un cortège officiel escorte Jean-Bedel Bokassa et sa suite jusqu’à la résidence du chef d’État libyen. L’empereur lit une allocution qu’il a préparée à l’attention de son hôte. Ensuite, le colonel Kadhafi accueille chaleureusement son invité et écoute Jean-Bedel lui faire un rapide exposé de la situation financière et politique de la Centrafrique. Un protocole d’accord est ainsi préparé : sa signature est prévue pour le lendemain matin. Dans les faits, il doit mettre en place le même type d’aide reçue encore il y a peu de la France, ainsi que le même type de modalités d’exécution. Pendant deux ans, la Libye réglera le salaire des fonctionnaires centrafricains et les bourses d’études des étudiants en Centrafrique et à l’étranger. Jean-Bedel regagne son hôtel. Il y retrouve sa délégation en train de dîner et échangera quelques mots avec ses membres pour afficher sa satisfaction. Il se couche vers 1 heure du matin.

 

FRANCE, département des Yvelines, château d’Hardricourt, 21 h 10

Martine, après avoir dîné seule (l’impératrice étant absente pour toute la soirée), regarde un film américain sur un magnétoscope au château. Elle interrompt le programme pour passer un coup de fil à son époux resté à Bangui. Jean-Bruno la rassure : tout va bien et les enfants sont couchés.

 

CENTRAFRIQUE, Bangui, aéroport Bangui Mpoko, 21 h 30

Un premier Transall atterrit, guidé par des torches braquées vers le ciel par les hommes du service action du SDECE, arrivés secrètement à Bangui depuis une dizaine de jours. En moins d’un quart d’heure, l’aéroport est maîtrisé. La « compagnie de l’escadrille », commandée ce soir là par le général Bozizé (actuel chef de l’État centrafricain), n’oppose aucune résistance aux « cabans » du 1er RPima commandés par le colonel Brancion-Rouge. Les deux derniers Transall atterrissent à leur tour, tous feux éteints sur des pistes cette fois-ci allumées. La route menant de l’aéroport au centre-ville est également très vite sous contrôle. Puis vient le tour de la radio nationale.

 

TCHAD, Ndjaména, aéroport militaire, 23 h 00

Le colonel Bernard Degenne reçoit un message en provenance du colonel Brancion-Rouge selon lequel l’aéroport de Bangui a été pris. Il donne immédiatement l’ordre à ses « barracudas » de décoller (soit quatre hélicoptères Puma et quatre Transall qui effectueront chacun deux allers-retours, chargés d’hommes et de matériels).

 

FRANCE, Paris, Radio France internationale, 23 h 27

Un flash spécial interrompt les programmes en cours et annonce que des évènements essentiels ont lieu en ce moment même en Centrafrique. C’est René Journiac, le conseiller de Giscard aux affaires africaines, qui a pris soin d’informer le directeur de RFI de la situation, ainsi annoncée en France, une petite heure avant que Dacko ne proclame la chute de l’Empire ! Pour une fois, les auditeurs d’une radio sont informés d’un évènement avant que celui-ci n’ait eu lieu…

10 janvier 2007

9e extrait : le sacre

Bokassa_sacre Les joyaux de la couronne ont été confectionnés par Claude Arthus-Bertrand, le joaillier attitré de Bokassa. À elle seule, la couronne posséde 7 000 carats de diamants, dont un, énorme, de 60 carats (l’un des plus gros au monde) ! Le diadème de l’empereur et celui de l’impératrice sont en or pur. Quant au sceptre, il est fait de pierres précieuses, mélangées à de l’or fin. Estimation de l’ensemble : 8 millions de francs.

La confection des six tenues (dont une robe en organza à traîne, rebrodée de perles de Chine, et un manteau de velours rouge, brodé d’or) et des chaussures de l’impératrice, ornées de rubis, ont été confiées au styliste Olivier Brice et à la maison Lanvin. Pour l’empereur, les chaussures, brodées de perles de culture et de fils d’or, et les douze tenues du sacre (dont une aube, rebrodée de feuilles de laurier en Cornely et d’une bande d’hermine) ont été dessinées et créées par Pierre Cardin. Coût de la garde-robe impériale pour 18 tenues et quelques accessoires : 2 millions de francs. La fabrication du trône impérial a été confiée à Olivier Brice (également sculpteur).

À l’évidence, les meilleurs artisans français ont été réunis pour faire briller la Centrafrique aux quatre coins du monde ! Pour la réalisation du sacre, chacun y a mis du sien. Jean-Pierre Dupont (un ami de François Giscard d’Estaing, présenté par ce dernier à Bokassa) a débloqué des fonds auprès de la France. Quant à François Giscard d’Estaing, il a, entre autres, permis l’ouverture d’un compte spécial pour le sacre à la BFCE (établissement dont il est directeur). Pour sa part, le ministère de la Coopération française a consenti un prêt de 4 millions de francs. Informé de chaque détail au jour le jour, Valéry Giscard d’Estaing supervise le bon déroulement des évènements à distance, rue du Faubourg-Saint-Honoré. Grâce au soutien de l’Élysée, les frais du couronnement ont été moins élevés que prévu.

À 9 h 30 précises, les 32 chevaux blancs de la cavalerie donnent le départ du cortège. La foule émerveillée regarde partir les calèches impériales, marquées des initiales « B » inscrites en lettres d’or qui, sous les reflets du soleil, brillent de mille feux. Un spectacle qui ne laisse pas indifférent. Le « peuple » reste bouche bée.

Sur le chemin du cortège, à chaque rue, c’est l’effervescence. Les gens dansent, chantent et crient : « Bokassa papa, Bokassa mama. » L’atmosphère est euphorique, survoltée, endiablée. Un vrai jour de fête. À la vitesse des chevaux, des visages inconnus défilent par centaines sous nos yeux. Le cortège passe par l’avenue Valéry-Giscard-d’Estaing, dépasse les arbres, les bâtisses rénovées, puis roule sous un arc de Triomphe (au total, Bokassa en a fait ériger trois, en hommage à la France, sa terre d’adoption). Peu à peu nous approchons de notre point de chute.

08 janvier 2007

Carte Centrafrique

Centrafrique_carte

8e extrait Catherine Denguiadé

A Hardricourt, la Jaguar de Catherine est parquée dans la cour. Martine frappe à la porte de la chambre de sa belle-mère. Personne ne répond. Elle frappe plus fort, franchit le seuil. Volets fermés, la pièce est plongée dans l’obscurité. Elle trouve l’interrupteur à tâtons. La lumière l’éblouit, en même temps qu’elle éclaire des milliers d’objets précieux épars dans la pièce. Des flots d’objets en or et en diamants, des montres de grands créateurs, des bijoux sertis des pierres les plus précieuses… Ces malles sont remplies des joyaux de la famille. Ses pensées se bousculent, le souvenir de la disparition de ses cadeaux de mariage lui revient en mémoire. Catherine a quitté la Centrafrique depuis un mois. Pourquoi avoir emporté ce trésor de guerre ! Elle se remémore la phrase de Catherine : « Ils ont tenu parole, il est en vie ! » devant le journal télévisé annonçant le coup d’état.

« Maman Catherine ! Je ne vous avais pas entendu arriver », s’exclame Martine, décidée à obtenir des explications de sa belle mère. Catherine sourit lorsque Martine lui demande pourquoi toutes ces malles. Elle n’éprouve aucune honte à avouer que non seulement elle était au courant de tout, mais qu’elle a, en quelque sorte, participé à la chute de Jean-Bedel.

Jean-Bedel Bokassa le rapportera plus tard dans "La Manipulation" de R. Delpey : « L’impératrice s’est alors libérée en racontant comment l’affaire avait été préparée par le président. Elle a tout expliqué à Martine (…) Vous vous souvenez que l’impératrice était en France ; qu’elle y avait été invitée officiellement par Valéry Giscard d’Estaing au moment de la conférence de Kigali. Je connais maintenant le motif de cette invitation… Valéry Giscard d’Estaing a fait comprendre à l’impératrice qu’il avait besoin d’elle pour que tout se passe le mieux possible. En contrepartie, il s’est engagé à lui faire obtenir un certain nombre d’avantages et privilèges… Bien entendu, elle a dû promettre de ne pas me prévenir de ce qui était préparé contre moi ».

Martine est mortifiée.

Constantin a tout entendu. Il s’est eclipsé pour revenir un révolver à la main.

« Ne la tuez pas. Je ne veux pas être complice de ce meurtre. J’ai déjà assez de soucis comme ça », l’arrête Martine d’un ton sec. Effrayée, Catherine s’est enfermée dans sa chambre.

05 janvier 2007

10e extrait : le sacre

Bokassa_emprereur Au second rang, juste devant l’agence Associed Press (qui retransmet les images du sacre à New York), VSD, Paris Match, Jour de France, Ouest France et les télévisions espagnole, hollandaise (et dix autres télévisions européennes), sont placés aux sièges VIP le prince Emmanuel du Lichtenstein, le prince Alexandre de Géorgie, François Giscard d’Estaing (le cousin de Valéry), le président du Cameroun, Aza Arias (le représentant du roi d’Espagne), Moktar Ould Daddah (l’épouse du président de la Mauritanie, le Premier ministre mauricien, Robert Gallet (le ministre de la Coopération française), René Journiac (le conseiller aux affaires africaines à l’Élysée), le légat pontifical… ainsi que les chefs des délégations étrangères. Les 5 000 invités ont répondu présents à cet évènement supramondain ! Même l’office du tourisme de Bangui n’avait jusqu’à ce jour jamais comptabilisé autant de visiteurs sur une seule journée !

À dix pas à peine du trône, installée au premier rang, la famille impériale patiente dans d’immenses fauteuils, tout en fil d’or épais. Sur mon siège, je m’agite, je gigote et gesticule mes petites jambes d’avant en arrière, sans réaliser une seule seconde l’importance de l’évènement.

Rechercher dans Bokassa.info

Facebook

  • Jean-Barthélémy Bokassa's Facebook profile

>

octobre 2008

lun. mar. mer. jeu. ven. sam. dim.
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    

Translation