Venir en aide à l'insupportable rentière et à sa progéniture pourrie gâtée, tel était le leitmotiv de Lili-Rose. Au fil des ans, elle avait exercé sa profession de concierge dans chacun des immeubles de l'avenue, accédant à la concécration : appeler chaque habitant non pas par son prénom mais par sa particule. "De La Roche-Bernardin, comment allez-vous?"
Lili-Rose représentait à leurs yeux l'image de l'employée modèle, celle qui faisiat son travail avec rigueur et dextérité, celle qui voyait tout sans mot dire. Car en cette avenue fardée de bienséance, ce dont elle était témoin rivalisait parfois de gore et de lubricité. Des lendemains de soirée aux murs maculés de sperme, aux strings égarés des maîtresses sous les lits conjugaux, elle était celle qui rangeait, lavait, effaçait les traces des frasques de ces habitants. Passée maîtresse dans l'art du silence et de la dissimulation, elle se livrait à cette omerta non sans en retirer quelques bénéfices. Rien ne devait filtrer à l'extérieur, et surtout pas l'adultère avéré des uns et des autres.
Derrière cet air de bobonne joyeuse, serviable et soumise à souhait, Lili-Rose caressait néanmoins l'espoir qu'un de ses employeurs la prenne pour maîtresse. Une de ses consoeurs, Monique Thiers, avait connu ce sort au combien enviable à ses yeux, une liaison clandestine avec un comte très fortuné qui l'avait prise sous son aile (et entre ses cuisses) et l'avait soustraite aux condigences matérielles. Partie du statut modeste de gouvernante, Monique s'était peu à peu hissée à celui de maîtresse officielle du comte sans présenter d'autres attributs qu'une paire de jambes et une paire de bras d'égale longueur. Lili-Rose ne pouvait s'empêcher de considérer que dotée en plus d'une paire de seins hypertrophiés, elle pourrait sans encombre suivre les traces de celle qui était devenue son unique modèle de réussite.





